Linéaments de l’homélie du P. Emmanuel

N.B. Il ne s’agit pas du texte exact de l’homélie mais seulement de quelques bribes…

Introduction

  • Jésus « fut tenté par le diable » (Saint Luc) (Saint Marc : Satan ; ailleurs : l’Adversaire, l’Accusateur, le Mauvais, le Malin). Pape François « […] on a fait croire que le diable est un mythe, une image, une idée, l’idée du mal. Mais le diable existe et nous devons lutter contre lui. ».
  • Parler du diable en soi n’a pas beaucoup d’intérêt. Ce qui est intéressant, c’est que le Christ, vrai Dieu et vrai homme, a été victorieux des suggestions de l’Ennemi, là où Israël dans le désert avait pu échouer. Voir saint Augustin : « Lorsque le Christ a été tenté, en quelque sorte c’est toi qui était tenté en lui ; Puisque le Christ a vaincu, toi tu peux être vainqueur en lui».

I. Le combat et la victoire du Christ

Tentation du Christ au désert

  • Quelles sont les tentations que le Christ a affrontées ? Elles récapitulent toutes les formes de nos tentations : 1° le pain, c’est-à-dire l’auto-satisfaction de nos besoins vitaux et plus largement la maîtrise totale de notre propre vie ; 2° la volonté de puissance, l’exercice du pouvoir sur les autres, au prix de la compromission avec la mal et la violence ; enfin, 3° la perversion des rapport entre l’homme et Dieu (voir le syndrome d’ « Aladin »).
  • Cela nous le remarquons souvent. N’y a-t-il pas davantage ? En effet, dans le Christ, il n’y a aucune séduction pour le mal. Quelle est donc le fond de son épreuve ? « Si tu es le Fils de Dieu » : l’épreuve porte donc sur la relation de Jésus à l’égard de Dieu son Père. Pour le Christ – et donc aussi pour nous –, la tentation la plus profonde ne consiste pas à être séduit par le mal, mais à être séduit par les dons reçus au point d’oublier leur Donateur !
  • Vivre en oubliant le donateur, vivre en oubliant du Père. C’est le péché d’ingratitude. Oublier le Père, oublier la source de la vie et de tout bien ! « Ils m’ont abandonnés, moi la source d’eau vive » (cf. Jr 2,13).
  • Pour contrer cet oubli de Dieu, Israël est invité à offrir à Dieu les prémices de ses récoltes en reconnaissant que tout ce qu’il a est un don de Dieu qui est venu à son secours. L’antidote, c’est l’action de grâce, la gratitude !
  • Dans sa vie terrestre, le Christ, lui, est demeuré à chaque instant « sous l’abri du Très-Haut », « dans l’ombre du Puissant » (Psaume), c’est-à-dire sous le regard de son Père. Il a reçu chaque instant comme un cadeau de son Père, à chaque instant, il a recherché la volonté de son Père. Explications…
  • Nous pourrions résumer l’attitude du Christ par cette prière de Charles de Foucauld : « Mon Père, Je m’abandonne à toi, fais de moi ce qu’il te plaira. […] ce m’est un besoin d’amour de me donner, de me remettre entre tes mains, sans mesure, avec une infinie confiance, car tu es mon Père. »
  • Comme dit Benoît XVI, notre orgueil nous conduit souvent à vivre pratiquement « comme si Dieu n’existait pas ». Ou du moins comme s’il n’existait pas dans nombre de domaines de notre existence et d’heures de nos journées. En ce temps de Carême, Dieu veut nous réapprendre à vivre humblement dans la confiance comme des enfants bien-aimés, il veut nous enseigner à le mettre concrètement à la première place, à le reconnaître comme la source de tout ce que nous recevons. Condition nécessaire pour être pleinement libres. 

II. Comment vivre le combat spirituel ?

Le combat du Carême et de la vie chrétienne n’est donc pas n’importe quel combat, il ne s’agit pas d’abord d’éviter de manger du chocolat (!), même si c’est aussi sur des points concrets que cela se joue. Il s’agit d’un violent combat spirituel qui touche notre relation intime à Dieu. Si la victoire nous est déjà offerte dans le Christ, il nous faut cependant combattre. Aux Ephésiens Paul décrit la tenue de « combat », avec « l’amure », la « cuirasse de la justice », le « bouclier de la foi », le « casque du salut » et le « glaive de l’Esprit pour pouvoir résister aux assauts du Mauvais ». Bref, c’est la guerre !

5 stratégies pour le combat spirituel.

  1. Connaître la tactique de l’ennemi.
    Tantôt le diable nous donne une fausse paix, tantôt il nous trouble. Voir Ignace de Loyola : – quand nous vivons dans le péché, quand nous nous éloignons de Dieu, le diable nous présente des fausses joies, etc. pour nous maintenir dans cet état, tandis que Dieu, nous donne d’éprouver, remord, trouble et tristesse, etc., pour nous faire changer. – Au contraire, quand nous sommes en train de nous rapprocher de Dieu (comme pendant le Carême !), le diable nous trouble, nous décourage, nous montre des obstacles bien souvent imaginaires, tandis que Dieu nous conforte discrètement par sa paix et révèle nos désirs les plus profonds et nobles.
  2. Fuir les occasions de pécher
    Bède le Vénérable (Saint Augustin) : « il est fou l’homme qui se fait mordre par un chien enchaîné ! » Si nous avons été mordus, c’est que nous nous sommes approchés. Le Malin… est malin. Il nous invite souvent à faire un pas de plus, pas mauvais en soi, mais qui va nous met dans une situation de vulnérabilité : 1° « oui, tu as parfaitement raison d’avoir envie de prier, mais pas maintenant, fais d’abord cela, c’est aussi important… ». Et on s’endort en ayant vécu une journée de plus comme si Dieu n’existait pas. 2° « – regarde encore cet article sur internet… – attention, tu es fatigué, tu vas te faire avoir – mais non, rien de mal, détends-toi, ». Et puis en deux clics, on retombe sur des pages qu’on s’était juré de ne plus jamais consulter, etc. Il est fou celui qui se fait mordre par un chien attaché ! Il faut parfois choisir des moyens concrets pour ne pas se mettre dans des situations où l’on risque de se faire mordre
  3. La contre-attaque
    Ignace de Loyola : « agere contra », « agir contre ». Muscler un peu notre liberté en posant des actes concrets dans le sens contraire de nos tentations, de nos péchés habituels. Je suis tenté de prier une minute de moins ? j’en ajoute une. J’ai du mal à m’ouvrir aux autres ? Je fais l’effort de passer 5 minutes à discuter avec un Sdf. Il y a toujours quelque chose que je peux faire ! Une voie royale : multiplier des exercices de gratitude, d’action de grâce.
  4. Sous le feu ennemi, ne pas changer de trajectoire
    A quelques rares exceptions près, au milieu du combat, lorsque je suis troublé intérieurement, ne jamais changer une bonne décision qu’on a prise dans la paix, car dans le trouble, c’est à 95% la voix du diable qui se fait entendre. Comme par hasard au moment où nous nous apprêtons à accomplir le bien, nous sont intérieurement suggérées 10.000 bonnes raisons de ne pas le faire….
    5. « La ration de survie » et « L’hôpital de campagne. » (François)
    En cas de troubles, se nourrir de l’Ecriture. C’est d’abord elle que le Christ oppose au Tentateur. Apprenons par cœur un verset ! En cas de fatigue prolongée, prendre des forces en communiant un plus souvent (« ma chair est une vraie nourriture »). Et surtout en cas d’échec et de blessure – ce qui est inévitable –, revenir auprès du Christ-médecin, dans le sacrement de réconciliation. Confessons-nous sans tarder avant toute infection généralisée. Dans la confession, bien des combats y disparaissent, car « celui qui fait la vérité, vient à la lumière ».

Conclusion

  • Qu’en ces jours de Carême le Christ nous donne d’être victorieux de quelques combats grâce à la puissance de son Esprit. Il est cette Parole vivante (cf. seconde lecture), cette parole qui est « près de nous, dans notre cœur ». Seigneur, « ne permets que nous entrions dans la tentation quand elle se présente, mais délivre-nous de tout mal ».
  • Frères et Sœurs, si nous pouvons nous avancer avec confiance, c’est que nous confessons la victoire définitive et totale du Christ, celle que nous célèbrerons dans 40 jours. C’est cette foi de l’Eglise que nous allons transmettre dans quelques instants à nos frères et sœurs catéchumènes. « Rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté dans le Christ Jésus » !

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE

La profession de foi du peuple élu (Dt 26, 4-10)

Lecture du livre du Deutéronome

Moïse disait au peuple :
Lorsque tu présenteras les prémices de tes récoltes,
le prêtre recevra de tes mains la corbeille
et la déposera devant l’autel du Seigneur ton Dieu.
Tu prononceras ces paroles devant le Seigneur ton Dieu :
« Mon père était un Araméen nomade,
qui descendit en Égypte :
il y vécut en immigré avec son petit clan.
C’est là qu’il est devenu une grande nation,
puissante et nombreuse.
Les Égyptiens nous ont maltraités, et réduits à la pauvreté ;
ils nous ont imposé un dur esclavage.
Nous avons crié vers le Seigneur, le Dieu de nos pères.
Il a entendu notre voix,
il a vu que nous étions dans la misère, la peine et l’oppression.
Le Seigneur nous a fait sortir d’Égypte
à main forte et à bras étendu,
par des actions terrifiantes, des signes et des prodiges.
Il nous a conduits dans ce lieu et nous a donné ce pays,
un pays ruisselant de lait et de miel.

Et maintenant voici que j’apporte les prémices
des fruits du sol que tu m’as donné, Seigneur. »

– Parole du Seigneur.

PSAUME

(Ps 90 (91), 1-2, 10-11, 12-13, 14-15ab)

R/ Sois avec moi, Seigneur,
dans mon épreuve.
(cf. Ps 90, 15)

Quand je me tiens sous l’abri du Très-Haut
et repose à l’ombre du Puissant,
je dis au Seigneur : « Mon refuge,
mon rempart, mon Dieu, dont je suis sûr ! »

Le malheur ne pourra te toucher,
ni le danger, approcher de ta demeure :
il donne mission à ses anges
de te garder sur tous tes chemins.

Ils te porteront sur leurs mains
pour que ton pied ne heurte les pierres ;
tu marcheras sur la vipère et le scorpion,
tu écraseras le lion et le Dragon.

« Puisqu’il s’attache à moi, je le délivre ;
je le défends, car il connaît mon nom.
Il m’appelle, et moi, je lui réponds ;
je suis avec lui dans son épreuve. »

DEUXIÈME LECTURE

La profession de foi en Jésus Christ (Rm 10, 8-13)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères,
que dit l’Écriture ?
Tout près de toi est la Parole,
elle est dans ta bouche et dans ton cœur.

Cette Parole, c’est le message de la foi que nous proclamons.
En effet, si de ta bouche,
tu affirmes que Jésus est Seigneur,
si, dans ton cœur,
tu crois que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts,
alors tu seras sauvé.
Car c’est avec le cœur que l’on croit
pour devenir juste,
c’est avec la bouche que l’on affirme sa foi
pour parvenir au salut.
En effet, l’Écriture dit :
Quiconque met en lui sa foi ne connaîtra pas la honte.
Ainsi, entre les Juifs et les païens,
il n’y a pas de différence :
tous ont le même Seigneur,
généreux envers tous ceux qui l’invoquent.
En effet,
quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé.

– Parole du Seigneur.

ÉVANGILE

« Dans l’Esprit, il fut conduit à travers le désert où il fut tenté » (Lc 4, 1-13)

Ta Parole, Seigneur, est vérité,
et ta loi, délivrance.

L’homme ne vit pas seulement de pain,
mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.
Ta Parole, Seigneur, est vérité,
et ta loi, délivrance.
(Mt 4, 4b)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là,
après son baptême,
Jésus, rempli d’Esprit Saint,
quitta les bords du Jourdain ;
dans l’Esprit, il fut conduit à travers le désert
où, pendant quarante jours, il fut tenté par le diable.
Il ne mangea rien durant ces jours-là,
et, quand ce temps fut écoulé, il eut faim.
Le diable lui dit alors :
« Si tu es Fils de Dieu,
ordonne à cette pierre de devenir du pain. »
Jésus répondit :
« Il est écrit :
L’homme ne vit pas seulement de pain. »

Alors le diable l’emmena plus haut
et lui montra en un instant tous les royaumes de la terre.
Il lui dit :
« Je te donnerai tout ce pouvoir
et la gloire de ces royaumes,
car cela m’a été remis et je le donne à qui je veux.
Toi donc, si tu te prosternes devant moi,
tu auras tout cela. »
Jésus lui répondit :
« Il est écrit :
C’est devant le Seigneur ton Dieu que tu te prosterneras,
à lui seul tu rendras un culte.
 »

Puis le diable le conduisit à Jérusalem,
il le plaça au sommet du Temple
et lui dit :
« Si tu es Fils de Dieu, d’ici jette-toi en bas ;
car il est écrit :
Il donnera pour toi, à ses anges,
l’ordre de te garder
 ;
et encore :
Ils te porteront sur leurs mains,
de peur que ton pied ne heurte une pierre.
 »
Jésus lui fit cette réponse :
« Il est dit :
Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. »
Ayant ainsi épuisé toutes les formes de tentations,
le diable s’éloigna de Jésus jusqu’au moment fixé.

– Acclamons la Parole de Dieu.